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Planète & Climat

 
 
Climat:
le CNRS annonce un ensemble de découvertes décisives.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Notre Planète change très vite, encore por combien de temps
ce beau miracle d'une vie?!...
 
Un couple inséparable régit la planète : océan et atmosphère. Le programme LEFE, «les enveloppes fluides et l'environnement» a pour vocation de décrypter ces milieux, dans un contexte de meilleure compréhension des effets anthropiques sur le climat.
 
Au cours des dernières années, la communauté scientifique été de plus en plus sollicitée par les citoyens et les politiques sur le niveau de variabilité du climat. Il est devenu essentiel de pouvoir diagnostiquer l'état des différents milieux - air, mer, eau douce, sols, biosphère - et les modifications qu'ils encourent sous l'effet des perturbations d'origine naturelle ou humaine. Lancé fin 2005, le programme LEFE (« les enveloppes fluides et l'environnement ») vise à coordonner les recherches sur l'océan et l'atmosphère. Piloté par l'INSU (Institut national des sciences de l'Univers) du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), il agrège les travaux d'une cinquantaine de laboratoires à partir d'appels d'offres thématiques : chimie de l'atmosphère, cycles biogéochimiques marins, évolution et variabilité du climat, interactions et dynamique de l'atmosphère et de l'océan, et assimilation de données afin d'affiner les modèles. Entre 2006 et 2009, quelque 247 projets ont été sélectionnés, 8 millions d'euros ont été investis et les équipements de 50 laboratoires impliqués. Le tout a donné lieu à 800 publications d'audience internationale. Ciblées sur des régions du monde, comme l'Arctique ou le Sahel, ces recherches complètent les travaux du Giec, plus globaux, selon Herlé Mercier, président du Conseil scientifique LEFE et directeur de recherche CNRS au Laboratoire de physique des océans à Brest.

 




Ille de Borabora, et la dilatation thermique des océans?!

De la lumière pour faire vieillir les particules.
Quels sont, par exemple, les effets des particules en suspens dans l'atmosphère sur l'absorption de la lumière ? En raison de la grande complexité de leur action, les aérosols sont l'une des causes principales de l'incertitude dans les prédictions de l'évolution du climat. Sachant que la radiation solaire est la force motrice de presque toutes les transformations chimiques se produisant dans l'atmosphère, quels autres processus photochimiques sont susceptibles de s'y dérouler, et avec quelles conséquences sur le régime des pluies ? Les aérosols, c'est-à-dire les particules atmosphériques, provenant majoritairement de matières organiques comme l'humus du sol et la combustion de biomasse, absorbent la lumière. Grâce aux expérimentations menées par Christian George, directeur de recherches au CNRS, il est apparu que les propriétés de ces aérosols se modifient en fonction de leur exposition à des oxydants atmosphériques tels que l'ozone, et en présence de lumière : ils absorbent moins d'eau une fois oxydés. Etant donné que les aérosols peuvent être à l'origine de la formation des nuages, ce phénomène pourrait retarder leur formation, non sans impact sur le changement climatique.

 

 

Atoll Palau.

Fertiliser les océans ?
Les océans eux aussi sont remplis de matière organique. Acteurs majeurs du cycle du carbone, ils font office de pompe biologique qui assimile naturellement une grande partie du carbone atmosphérique. Certains apprentis sorciers rêvent de stimuler artificiellement cette faculté d'absorption, afin de limiter la présence de carbone dans l'atmosphère et de recevoir des crédits carbone via les mécanismes du Protocole de Kyoto. D'où l'actualité des recherches menées par Stéphane Blain, professeur d'université au laboratoire d'océanographie biologique de Banyuls, rattaché au CNRS. Embarquées à bord du navire de recherche Marion-Dufresne, ses équipes ont observé que, dans de vastes régions océaniques, cette pompe biologique ne fonctionne pas au maximum. C'est le cas de l'océan Austral. Au début des années 90, l'hypothèse a été avancée qu'une carence en fer du phytoplancton était la cause de cette inefficacité. Des expériences de fertilisation artificielle, menées sur de petites échelles, ont démontré que l'ajout de fer augmentait l'activité biologique dans la couche de surface. En revanche, elles n'ont pas mis clairement en évidence que l'exportation du carbone, et donc la pompe biologique, augmentaient. Ces résultats n'étayent donc pas les arguments des partisans de la fertilisation artificielle à grande échelle comme moyen de lutte contre le réchauffement climatique, conclut le chercheur.
 
 


Océan et nuages, acidité et pollution grandisantes.
 
Rupture climatique en Amérique du Sud.
En Amérique du Sud, les glaciers andins sont particulièrement menacés par un réchauffement accru et une baisse des dépôts neigeux. Les travaux du GIEC ont démontré que le régime des précipitations allait être modifié dans les tropiques, où elles vont s'intensifier, tandis que les sub-tropiques vont se dessécher. Les ressources en eau en Amérique du sud tropicale et subtropicale vont en être particulièrement affectées au cours de ce siècle. Dans ce contexte, il est impératif de comprendre comment le changement climatique a déjà affecté ces régions. C'est pourquoi quinze équipes de recherche de laboratoires français et sud américains se sont rassemblées au sein du projet Amancay. Son objectif est d'étudier la variabilité climatique sur les derniers siècles, afin de comprendre la « rupture » observée en 1970. A cette époque, l'ensemble des enregistrements obtenus en Amérique du Sud signalent tous une augmentation nette des précipitations, explique Françoise Vimeux, chercheuse au laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE) à Gif-sur-Yvette. Les résultats concernant la « rupture » autour de 1970 sont en cours de vérification, via un ensemble de simulations numériques sur la période 1950-2005. A l'issue de ce travail, la sensibilité de l'Amérique du Sud à des changements climatiques éloignés, dans les océans Indien et Pacifique en particulier, sera ou non confirmée.

 


Cyclone Isabel.
 
Dans l'œil du cyclone.
L'océan Indien est le siège de perturbations saisonnières qui ont des répercussions importantes sur le climat. La prévision des précipitations est un enjeu primordial pour la gestion de ressources en nourriture et en eau des pays de la région Indo-Pacifique.Or il s'agit d'une région peu observée, comparativement aux océans Atlantique et Pacifique, selon Jean-Philippe Duvel, directeur de recherches au CNRS. D'où l'importance d'affiner les systèmes d'observation, grâce à de nouveaux instruments, tels que les aéroclippers1. Résistant aux conditions extrêmes, ces ballons sont naturellement attirés vers les bassins cycloniques et se sont révélés capables de voyager dans l'œil même du cyclone, depuis les Maldives, jusqu'aux Kerguélen. Inutile, cependant, de chercher à les récupérer à l'issue de ce voyage quelque peu mouvementé…

 

 
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                                    Agnès SINAI - Space d'AS - (Le Monde que j'ai tjrs rêvé)

Kyoto, une réalité ou un mirage??

 
Forum des économies majeures:
Les incertitudes de l'après Kyoto.
 
 
 
 
 
 
 
 
Orage violent sur un champ de blé...
 
À Paris se sont réunis les 25 et 26 mai les dix-huit pays les plus émetteurs de la planète. Par cette négociation en format réduit, les « économies majeures » cherchent à poser les jalons de la conférence de Copenhague sur le climat en décembre prochain, en vue d'un nouveau pacte mondial sur le climat.

Comme toujours en matière de négociations climatiques, la discussion sur les moyens finit par occulter les fins. L'équation est pourtant toujours la même : rallier l'ensemble des pays émetteurs à des objectifs de plafonnement des gaz à effet de serre de manière à stabiliser le réchauffement climatique à +2°C au cours de ce siècle. La science, incarnée par le GIEC (Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat) et ses rapports désormais unanimement reconnus, est sans appel : la dérive de l'effet de serre est en cours, les puits de carbone naturels que sont les océans et les forêts ne sont plus en capacité de résorber les excédents carboniques émis par les activités humaines, la fonte des glaciers s'accélère, les mers s'acidifient, les coraux blanchissent, le régime des moussons se dérègle en Asie et en Afrique de l'Ouest… Le risque d'atteindre un point de non retour, au-delà duquel le climat de la Terre réserverait une série de « surprises », réclame la mise en œuvre rapide d'une diète carbonique, préfigurant une nouvelle civilisation.

Ce contexte de compte à rebours est l'élément temporel qui confère aux négociations climatiques un caractère d'urgence inédite. Et pourtant, depuis son élaboration en 1992 lors du Sommet de la Terre de Rio, la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) patine dans des pourparlers sans fin. Sa traduction juridique, le Protocole de Kyoto, adopté en 1997, vient à peine d'entrer en vigueur (2008) que bientôt (en 2012) va s'achever sa première période d'application, sans que l'on parvienne à en tirer quelque bilan conséquent. Pour éviter une interruption du dispositif, c'est en 2009, dernier délai, que les pays ayant ratifié le Protocole de Kyoto doivent élaborer un nouvel accord, qui prendra le relais à partir de 2013. L'enjeu principal de ce nouvel accord est d'engager les pays émetteurs à atteindre leur pic d'émissions le plus tôt possible, afin d'entamer dès 2015 la descente carbonique qui s'impose pour éviter une accumulation de CO2 dans l'atmosphère, compte tenu de l'inertie de ce gaz, qui a une durée de vie de plus d'une centaine d'années.

Le temps presse à tous les niveaux. Sur le front climatique, les émissions des pays industrialisés signataires de Kyoto ont augmenté de 9,9% sur la période 1990-2006, mises à part celles des pays de l'Est européen, Russie en premier lieu, qui ont chuté de 37% en raison de la désindustrialisation consécutive à la chute du bloc soviétique1. Sur le front des négociations, l'entrée dans la danse des Etats-Unis rebat les cartes de la diplomatie climatique. Les discussions se sont poursuivies à Paris les 25 et 26 mai, dans l'enceinte du Forum des économies majeures sur l'énergie et le climat, qui réunit 17 Etats représentant 80% de la consommation énergétique mondiale et 80% des émissions de gaz à effet de serre de la planète, Chine et Inde comprises. Inauguré à l'initiative du président Bush, ce Forum a été repris par l'administration Obama sans en reproduire l'esprit initial, qui cherchait à court-circuiter les négociations menées sous l'égide des Nations Unies. Celles-ci se poursuivent à Bonn (Allemagne) dès le 1er juin, siège de la Convention des Nations Unies sur le climat, en vue de préparer la conférence de Copenhague de décembre prochain.
 
 
 


Ours Polairs, Les premières victimes du Réchauffement climatique.

Un « Fonds vert »
Co-présidée par la France et les Etats-Unis, cette réunion du Forum des économies majeures a surtout servi à rappeler les deux éléments prioritaires de l'accord de Copenhague.
Première priorité : l'ambition de limiter le réchauffement à +2°C, par des efforts de réduction (« atténuation ») d'émissions de gaz à effet de serre équitablement répartis entre pollueurs « historiques » (les pays occidentaux) et « émergents » (Chine, Inde, Brésil, Indonésie et Afrique du Sud), ces derniers bénéficiant d'un droit à émettre que les pollueurs historiques devront compenser par des réductions plus sévères chez eux.
Deuxième priorité : un accord sur le financement, visant à abonder le Fonds pour l'atténuation et le Fonds d'adaptation, celui-ci étant plus spécifiquement destiné aux pays victimes des impacts du réchauffement. La question du financement est cruciale pour la crédibilité du dispositif, tant pour soutenir la décarbonisation des économies que pour instaurer une solidarité internationale face aux dégâts induits par le dérèglement du climat. Les besoins d'ici à 2020 sont évalués à plus de 100 milliards d'euros par an.

C'est sur le volet du financement que le Major Economies Forum (MEF) aura réservé une (bonne) surprise. A l'issue de la réunion, le 26 mai, le ministre de l'écologie Jean-Louis Borloo a annoncé une convergence de vues sur une proposition initialement élaborée par le Mexique, prévoyant l'instauration d'un « Fonds vert » abondé par la contribution des pays les plus riches, au prorata de leur PIB et de leurs émissions passées et présentes. Cette proposition inattendue a été bien accueillie par l'ensemble des pays du Forum, Etats-Unis compris, et devrait être rediscutée à Mexico le mois prochain, lors de la prochaine réunion du MEF
 
 
 



Eoliennes Whitelée.

Des stratégies comparables.
Mais le MEF aura surtout pointé les points d'achoppement, qui se jouent entre les visions divergentes de l'Union européenne et des Etats-Unis sur les trajectoires d'émissions. Jean-Louis Borloo, fort de son expérience du bouclage du paquet énergie-climat européen en décembre 2008, a réitéré sa conviction que les difficultés diplomatiques sont plus angoissantes que mettre noir sur blanc les différents éléments de la problématique. Évoquant la conférence de Bali de 2007, où l'ensemble de la communauté internationale s'était rallié à l'objectif de réduction de 25 à 40% des émissions de gaz à effet de serre en 2020 par rapport à 1990 pour les pays industrialisés, il a annoncé ne pas vouloir transiger avec cette date : tout le monde doit faire des efforts, c'est les scientifiques qui le disent. Si l'Europe y est parvenue, les Etats-Unis peuvent y arriver, en écho au fameux yes we can du président Obama. À cette injonction, le négociateur américain Todd Stern a opposé une autre vision, plus nationale. La législation sur le climat est en cours d'examen au sein des commissions parlementaires de la Chambre des Représentants et suit une voie différente de celle du Protocole de Kyoto, que les Etats-Unis n'ont pas ratifié. La « Waxman-Markey Bill » propose une réduction des émissions plus faible qu'en Europe, de 17% en 2020 par rapport à 2005, compte tenu du retard pris par les Etats-Unis. Les niveaux de réduction auxquels nous nous engageons seront à terme équivalents à ceux de l'Europe. Dès 2030, nous aurons réduit nos émissions de 42% par rapport à 2005, et de 83% d'ici à 2050, a martelé Todd Stern lors de la conférence de presse clôturant le MEF.

Au-delà de ce concours de chiffres, que la Chine renvoie dos-à-dos en exigeant désormais un engagement unanime des pays industrialisés sur l'objectif de -40% de GES en 2020, il reste à valider la pertinence des moyens mis en œuvre pour les atteindre. Sur ce point, Union européenne et Etats-Unis recourent à des stratégies similaires, qui offrent des marges de flexibilité massives aux acteurs industriels. Ceux-ci s'apprêtent à réaliser la majeure partie de leurs réductions grâce au marché carbone, auquel ils vont pouvoir recourir gratuitement dans un premier temps, grâce aux exemptions d'enchères qui leur sont accordées tant par le paquet énergie-climat européen que par la loi Waxman-Markey. La technologie de capture et séquestration du carbone sur les sites des centrales thermiques donne des crédits supplémentaires et est présentée comme une voie majeure de réduction d'émissions compatible avec la poursuite du recours au charbon. Les énergies renouvelables visent l'objectif de 25% de la production d'électricité en 2025, comparables aux 20% européens en 2020.

Face au compte à rebours de l'ultimatum climatique invoqué par les ONG dans un appel récent, ces dispositions peuvent apparaître comme des stratégies dilatoires : gagner du temps par le recours au marché carbone, au risque de provoquer la défiance des pays « émergents » auxquels n'a pas échappé le tour de passe-passe des Européens. Ceux-ci s'apprêtent à tirer la majeure partie de leurs crédits carbone des investissements « propres » qu'ils entendent réaliser dans les pays du Sud. Or la Chine réclame à juste titre que les pays industrialisés fassent d'abord des efforts domestiques, et que les crédits carbone tirés d'investissements propres dans les pays émergents soient clairement différenciés.


Le risque de l'accord post 2012 est de demeurer centré sur des techniques d'évitement qui n'engagent qu'à la marge les transformations nécessaires : la recette marché carbone + séquestration du CO2 risque d'être nettement insuffisante pour « décarboner » la planète. De ce point de vue, les Européens n'ont pas de leçons à donner aux Américains. Outre la faiblesse de ces orientations virtuelles en regard des urgences réelles posées par le climat, une autre incertitude plane sur l'avenir du Protocole de Kyoto : son fondement juridique même pourrait être démantelé si le système de sanctions, initialement prévu sous la forme d'une autorité judiciaire supranationale, est sacrifié à l'aune du consensus attendu à Copenhague à la fin de l'année.


 
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